Dominique Aubier a étudié les rites, religions et traditions du monde. Experte de l'hébreu biblique, spécialiste de Don Quichotte dont elle a découvert le cryptage hébraïque et araméen. Libérer la Connaissance des entraves symbolistes pour accéder à une compréhension universalisante. Son grand livre, "La Face cachée du Cerveau" présente le code des archétypes partagés entre toutes les traditions du monde. Blog géré par l'Institut Dominique Aubier.
Institut Dominique Aubier
- Dominique Aubier’s masterpiece, 'The Hidden Face of the Brain', a breathtaking bridge between ancient wisdom and modern neuroscience
- El secreto de Cervantes en Carboneras: Dominique Aubier, de teniente de la Resistencia a descifradora del Quijote
- Hommage à Dominique Aubier : DulZinea. Exégèse de Don Quichotte, tome II.
mercredi 26 avril 2023
A paraître bientôt : Inédits 2. par Dominique Aubier
vendredi 7 avril 2023
Et Jésus dans tout cela ?
Le Messianisme
(Et Jésus dans tout cela ?)
par Dominique Aubier
Le messianisme ! Ce terme plonge dans un mystère qui tracasse les esprits. On voudrait savoir de quoi il s'agit. Et d'abord, qu'appelle-t-on « messie » ? Selon l'usage qui en est fait, le Messie serait venu avec le Christ. C'est l'opinion chrétienne. Pour les Juifs, il s'agirait d'une formulation absolue, livrant la vérité éternelle, phénomène prévisible mais non encore échu. Ainsi, le Messie serait venu pour les uns et en attente d'arrivée pour les autres.
Comment avoir une claire idée, que ce soit en terme de constat ou d'espérance ?
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| ©Francis Roth |
Le Christ est un personnage considérable. A mon sens, il a mesuré historiquement une situation dramatique. Son martyre sur la Croix montre l'image d'une souffrance injuste, d'une condamnation qui ne devrait pas exister.
Il y a, sur le Tzadé, dix-huitième lettre de l'alphabet hébreu que représente la Croix, un homme cloué. C'est là une image effrayante du sort de l'humanité, signalé dans l'alphabet biblique. Le « péché de Hava » est à l'origine de son malheur. Jésus interprète et subit ce malheur-là. Chaque fois qu'un cycle intérieur fait resurgir l'erreur au titre du retour en phase du thème archétypal, la mort vise le côté parlé de l'évolution. L'erreur dite « Hava » est celle de toute une civilisation qui a cru en la continuité linéaire de la productivité matérielle, en la croissance continue — le serpent — en ignorant volontairement le processus évolutif. Cette ignorance nous menace.
Le Christ en cela n'est pas une mythologie. Il est l'interprète humain symbolisant le sort de l'humanité écartelée entre deux polarités tendues à l'extrême. D'une part la Connaissance, d'autre part les sciences. Il signale cette fracture, cette ligne de séparation entre les deux modalités réflexives. Il est à l'origine d'une ligne de développement spécifique, de métabolisation historique qui passe par Rome et par la Science qui se développera puissamment en opposition à la foi. En sorte que l'Occident est spécifiquement concerné par la Croix. De la Croix naîtra, a contrario, la science. Et que naît de la science ?
La Croix est un signal très important. On dit d'ailleurs, « faire le signe de la croix ». Il consiste à tracer une verticale du front au bas du sternum et d'une épaule à l'autre, à l'horizontale. La verticale, c'est la ligne du temps. L'horizontale, c'est la ligne de séparation des opposites. La Croix nous envoie, par-delà les millénaires, l'image même de ce qui nous arrive. Le Christ tombe en croix, il meurt, les bras écartés. Cela signifie que le cycle à venir, quand il ouvrira ses deux bras, subira le même supplice. Il restera suspendu à son schéma structural, sans trouver de solution miraculeuse.
La Croix annonce ce qui va se produire, mais elle indique aussi le moyen d'éviter le pire… D'où la résurrection. Celle-ci n'est possible que si nous nous dotons de l'instrument permettant de décrocher (enfin !) le Christ. Cet instrument, c'est la Connaissance. Celle que le messie reçoit, transmet et met au point de manière décisive. Que ce soit clair : le Christ n'est pas l'auteur de cette mise au point, il en est l'annonciateur symbolique. Il assume cela avec un courage inouï, en toute conscience, mettant sa propre vie sur la Croix, devenant par là-même le symbole qu'il représente.
La Croix, symbole terrifiant, est implantée dans l'Histoire. Elle s'élève sur un cycle frappé de commotion. La mise en croix de l'homme juif — et donc celle de toute l'humanité — supplicié par un impérialisme politique qui prétendra s'en laver les mains, représente la négation du verbe par l'absolutisme de l'ignorant. Cette mise en croix de l'homme porteur des symboles de l'Absolu n'est-elle pas l'annonce de la monstrueuse Shoa ?
vendredi 24 mars 2023
Jésus de Nazareth. L'homme du labyrinthe. Par Dominique Aubier
Jésus de Nazareth, l'homme du Labyrinthe
Un texte de Dominique Aubier©
« Le Labyrinthe est une structuration cyclique cérébrale, que tout le monde est appelé à vivre. Dans votre vie personnelle, il survient quand l'énergie dans votre cerveau est arrivée à la couche Vc. Le dynamisme naturel ne peut plus rester du côté Gauche. Il veut aller du côté Droit.
Entre la Gauche et la Droite, il existe un espace, tenu dans nos organismes corticaux par le corps calleux et ses 20 millions de fibres. Vous le voyez par cette flèche, que j'ai dessinée sur l'arbre alphabétique, entre le Tzadé final 900 et le Qof. C'est cela, le tracé du labyrinthe. Cela implique un départ. Ces grands départs existent dans l'Histoire. Par exemple le départ des Juifs d'Egypte vers Israël, c'est un passage de Tzadé final à Qof. Les hébreux ont quitté le Tzadé final, l'Egypte. À partir de ce moment précis, ils sont allés dans le désert. À la limite du franchissement entre l'Hémisphère Gauche et l'Hémisphère Droit, C'est-à-dire entre le site du Tzadé final-Égypte et le site d'appel, il y avait la Mer Rouge et ils sont passés.
Il y avait le Pont, le passage.
Quelqu'un suivait cela très bien, c'était Moïse. Les Égyptiens ne le savaient pas. Ils ont fait l'erreur de poursuivre. Donc ils se sont mis dans leur propre échec. Il ne fallait pas poursuivre. Mais ils ont cru qu'ils avaient le droit de rattraper les fuyards.
J'utilise le mot Labyrinthe parce que c'est l'expression consacrée par le christianisme, voir le Labyrinthe de la cathédrale de Chartres. Il existe une longue étude italienne sur les labyrinthes de Paolo Santarcangelli qui a écrit Le livre des Labyrinthes. Il en recense des dizaines. Sans toutefois expliquer le motif structurel.
Les Amérindiens Hopis ont un grand sens du Labyrinthe et ont un mot qui le désigne comme concept. Je ne pouvais pas inventer un mot nouveau qui serait meilleur que celui employé par la Tradition. Dans la Torah, on ne dit pas Labyrinthe. On dit plus conceptuellement Nazareth. Autrement dit : l'homme du Tzadé. C'est clairement la situation, dans les Testaments, de Jésus, quand il est sur le Chemin de Croix. C'est un Labyrinthe. Il est le Nazaréen. On a dit qu'il est Natzir, c'est-à-dire l'homme du Tzadé dont l'énergie veut aller vers Rosch. Noun, Tzadé, Resch.
Le Labyrinthe qu'il a vécu est un moment très émouvant parce que les « stations » du « Chemin de Croix » sont représentées dans toutes les vieilles chapelles. Elles ne sont cependant pas canonisées. En effet, le concept de Natzir n'a pas été compris par la théologie. Elle ne l'a pas intégré comme forme canonique.
C'est émouvant parce que c'est un moment très important de passage de Gauche à Droite. Je m'explique que l'Église ne l'ait pas canonisé, parce qu'en tant qu'institution, où se situe l'Église, dans la structure ? Elle n'est pas du côté Qui sait, elle est du côté Qui fait. Elle est latine, elle n'est pas sémitique. C'est le Nord de la Méditerranée, ce n'est pas le Sud. L'information n'est pas la même au Nord et au Sud. Cela ne signifie pas qu'elle soit inutile, simplement elle est située à un endroit spécifique de l'Occident. Si elle n'a pas l'information, elle n'a pas non plus le concept.
mardi 14 mars 2023
Carlos Castaneda : mise au clair sur son enseignement
De
nombreux Lecteurs et Lectrices sont restés en suspens après la série de
livres que publia Carlos Castaneda, s'interrogeant sur le sens de cette
aventure initiatique. S'agissait-il, pour Castaneda, de devenir
simplement le "chef" ou le "nagual" d'un groupe d'indiens isolés dans
les montagnes mexicaines ? D'enseigner des « passes magiques » pour
émanciper quelques individus en vue de leur faire gagner "la liberté
totale" ?Ou sa mission touchait-elle à l'universalisation de la pensée initiatique ?
Dans son livre, Le Secret des Secrets, Dominique Aubier présente une très remarquable explication initiatique de la mission accomplie par Carlos Castaneda auprès de son Maître amérindien Don Juan Matus.
Un beau chapitre est consacré à l'explication systémique de l'enseignement du sorcier amérindien dont elle a décodé le symbolisme de sa pensée en le mettant en rapport avec une grille de lecture qui en permet le décryptage.
Ce décryptage précis montre la sincérité de l'œuvre de Castaneda et en expose l'extraordinaire cohérence initiatique vérifiable, fondée sur une maîtrise totale — par ses maîtres — du Code des Archétypes. Ce Code, Dominique Aubier en donne la clé, dans le livre La Face cachée du Cerveau. C'est la fameuse « carte de l'inconnu »…
Dominique AUBIER, experte de la pensée symbolique, est une hispaniste éprouvée (traductrice du théâtre de Cervantès et de Lope de Vega — Fonteoveruna, éd. de l'Arche), doublée d'une linguiste avertie de la culture mexicaine (traductrice de Bernal Diaz del Castillo — la Conquête du Mexique, éditions Club des Libraires, France-Culture) qui a étudié la civilisation Aztèque et Maya. Son expertise dans le domaine du sacré, des rites et religions du monde est éprouvée. Elle estime que les enseignements de don Juan sont d'une importance colossale pour l'avenir de l'humanité en quête de sens.
A ses yeux, l'enseignement des Maîtres amérindiens (Don Juan et don Genaro) ne laisse aucun doute : les ouvrages de Castaneda étaient destinés à toucher une dimension universalisante… Raison pour laquelle Don Juan, un jour, bouscula son disciple et le précipita dans les bureaux d'une compagnie aérienne : pour lui signaler qu'il fallait effectivement un jour prendre l'avion, adresser le message initiatique à l'Occident tout entier et y chercher l'indispensable relais vers l'universalité ?
Dès lors, comment marquer l'étape suivante, visant la rencontre avec le Code, ce qu'il appelait « the map of the unknown » ?
Le Secret des Secrets donne les premières indications sur le Code des Codes, sur la clé de l'Universalité véritable don de l'Aigle.
Le Secret des secrets
vendredi 10 mars 2023
Le secret du rire. Par Dominique Aubier
Le secret du rire
par Dominique Aubier
1. Une affaire de cerveau
S'il est vrai que l'humanité n'a d'autre vocation que s'intéresser à elle-même, le premier thème dont elle devra faire objet d'étude sera son cerveau parce qu'il est l'organe de la conscience. La conscience nous a été donnée pour que nous nous servions d'elle. Il serait curieux que son usage ne se retourne pas sur l'énigme que nous sommes à nous-mêmes.
Pourquoi sommes-nous là, sur terre, dotés d'un temps de vivre assez bref, avec un organisme mortel, l'embarras de vivre au quotidien une enfilade de banalités, tandis que la peur de l'inconnu stagne au fond de nos psychés, même si l'on est optimiste et confiant ? Si ces aspects de la réalité qui façonne le vécu ne sollicitent pas l'intelligence, alors certes, on peut se contenter de s'asseoir devant un mur et attendre de la sensibilité caressée par le silence intérieur de dire ce qu'elle éprouve. Bien des traditions vantent encore la posture comme le seul recours à la maîtrise de soi. Je sais bien, pour l'avoir longuement pratiquée, à quoi sert la méditation assise sur le coussin. Je n'ignore pas qu'elle permet au système nerveux de manifester son ordre. Je puis en effet prends note de l'image qui monte de moi-même à ce sujet. En admettant que j'y parvienne toute seule, que ferai-je de ce relevé, si ce n'est le soumettre à l'intellect pour qu'il en tire leçon à enseigner ?
2. Une affaire de marionnettes
A ce titre, nous sommes comme les marionnettes de Roubaix, qu'une tige de fer relie à la poigne du manipulateur et qui reçoit de là les impulsions qui provoquent ses mouvements. J'aime beaucoup les marionnettes de Roubaix. Elles mettent en image une conception drue et forte de la créature humaine. L'image en bois représente un individu ayant réellement vécu dans le milieu environnant. Sa silhouette peinte est suspendue à une barre métallique assez longue, qui se termine en haut par une prise pour la main. Le maître du jeu doit avoir une solide préhension sur la poignée pour imprimer ses intentions à la raideur de la hampe qui les transmet à la figurine. Quand on assiste au spectacle, on ne voit pas le mécanisme qui meut la marionnette. Celle-ci parle et agit en croyant commander elle-même à sa parole et à ses actes. Elle ne sait pas qu'un tuyau la tient sous la dépendance d'une volonté qui n'est pas la sienne. Et ce qui me séduit, dans l'interprétation que les marionnettes de Roubaix font de cette dépendance, c'est la roideur du tube qui relie la figurine à la main qui la dirige. Les marionnettes de Java, si bellement translucides, sont mues par des fils nombreux qui évoquent les dendrites des neurones dont les chimies obéissent à des directives venues de l'au-delà. Des cellules rangées dans un contenant lui-même assujetti à la moitié « qui Sait »…
3. On chatouille le cerveau
Je voudrais, à ce propos, vous raconter une histoire.
Récemment, des médecins californiens ont découvert que la zone du rire se trouvait dans l'aire du langage, occupant une superficie de 2 centimètres sur 2, sur le gyrus frontal supérieur gauche. Que le site rieur soit inscrit dans la zone qui fournit à l'être humain sa particularité parlante n'a rien d'étonnant. On sait que le rire est le propre de l'homme et que les animaux ne rient pas. Que preuve objective en soit donnée n'est pas à dédaigner. Mais ce n'est pas là ce qui émeut dans les compte-rendus d'observations publiés par les praticiens américains, dans la fameuse revue Nature. Le surprenant réside dans le fait que les stimulations électriques qu'ils ont effectuées sur le site découvert comme étant celui qui fait rire se soient accompagnées d'une manifestation concomitante du sens. La patiente dont on chatouillait la zone d'allégresse identifiait immédiatement quelque chose de comique dans l'environnement. Un phénomène du même genre se produit lorsqu'on respire les gaz dits hilarants et aussi lorsqu'on chatouille une personne. Cela montre que la capacité de rire influence tout l'organisme et pas seulement les muscles de la face quand ils étirent la bouche laissant voir les dents. La rate se dilate et lâche des globules rouges qui aident à mieux respirer. Le rire fait du bien. La médecine moderne a découvert que la gaieté d'esprit était le remède le plus sain et le plus sûr pour arrêter certains dégâts maladifs.
Mais revenons à l'expérience des praticiens. Si le rire de leur patiente avait été provoqué par la découverte de la chose rigolote, il n'y aurait pas lieu de philosopher. Nous en sommes tous là, à rire de ce que nous voyons, quand un fait biaise avec sa norme. C'est le talent typique des comiques. Ils développent des actes ou des propos qui s'agrandissent en marge de leur cohérence naturelle. On rit quand le sens de quelque chose n'est pas emboîté dans sa cohésion. Sitôt qu'elle est perçue, la différence fait qu'on s'esclaffe.
Que s'est-il passé dans l'affaire des médecins californiens pratiquant des stimulations électriques sur les cerveaux de certains épileptiques ? Ils ont constaté qu'en touchant un certain lieu de la zone de phonation, ils provoquaient l'hilarité. Ils en ont déduit que la faculté de rire faisait partie de l'aire du langage et ils en ont trouvé le site. Rien que de très ordinaire pour la science des localisations cérébrales. Une précision s'ajoute à ce qu'elle savait déjà. Aussi n'est-ce pas ce fait qui fait surprise. C'est la réaction produite par la personne subissant la stimulation. Elle a ri, bien sûr, cette femme. Et elle a aussitôt trouvé une raison objective à son amusement. Elle a désigné, dans la salle, la chose comique supposée être à l'origine de sa gaieté. Pourtant objectivement, l'origine, c'était la stimulation électrique. Le cerveau de la patiente semble n'avoir pas accepté que son rire soit privé de sens. Il a voulu qu'une cause soit mise en évidence. La stimulation a provoqué le repérage d'une chose comique. L'effet n'a rien de surprenant pour qui songe à la relation « qui Sait » - « qui Fait ». Un échange latéral s'est produit dans le cortex de la malade. Rien que de très normal, du point de vue de l'orthodoxie fonctionnelle. Mais d'où est venue l'impulsion qui a suggéré la reconnaissance de l'objet faisant sens ? Le message n'était pas dans l'électricité.
Les médecins ne s'y sont pas trompés. Ils ont observé que le vent du sens passait par le rire et que, peut-être, le sens précédait le rire. A moins que le rire suive le sens. Mais alors, de très près.
4. Le savoir qui réjouit l'intelligence
Le journaliste qui a écrit l'article auquel j'emprunte ces renseignements dans le numéro d'Informations médicales du 12 février 1998 s'appelle Vincent Bargouin. Lui aussi, visiblement, s'est gratté la tête. Il s'est demandé qui unit le sens au rire ou le rire au sens. Et de mentionner la grande question philosophique : L'existence précède-t-elle l'essence ou est-ce le contraire ? Ce qui se traduit en une seconde question : le rire vient-il avant ou après le sens ? Ou en même temps ? Nous voilà tout près du but de notre enquête. Pour détenir la connaissance qui déciderait de l'Art de vivre le mieux ajusté à la condition humaine, il suffirait de saisir l'entité « sens ». Viendrait-elle avec le rire ? J'y songe à cause du surnom que l'on a donné à la connaissance initiatique : le Gai savoir. Le savoir qui fait rire l'esprit, le savoir qui amuse la parole, le savoir qui réjouit l'intelligence.
Je suppose que, dans votre hâte à le connaître, ce sens, vous donnez tout de suite votre langue au chat. Savez-vous ce que cela implique, donner sa langue au chat ? Madame de Sévigné, quand elle renonçait à deviner quelque chose et acceptait de se le faire dévoiler par un tiers, disait qu'elle donnait sa langue aux chiens. Le chien symbolise le message. Notre marquise avait raison d'attendre du message qu'il dise ce qu'il contient. En épistolière patentée, elle se doutait bien que c'était du ressort du courrier.
Mais le chat ? Que symbolise-t-il ? Le Dictionnaire des locutions nous avertit que ce mot est fréquemment utilisé dans des expressions inexplicables par l'expérience culturelle. Pour avoir l'intelligence de ces formules, il faudrait au préalable effectuer un travail sur les signes du langage. Donc, chat renvoie à ce qui fait sens dans les signes du langage. Si par hasard le sens parlait en hébreu, nous saurions tout de suite ce qu'il faut faire quand on ignore quelque chose et que l'on renonce à chercher : s'adresser au chat. Autrement dit au verbe faire à l'impératif, seconde personne du singulier. Quand tu ne sais pas, regarde ce qui se fait là. Regarde dans le faire. Tu y verras le sens. A condition de bien le lire…
5. L'endroit du sens
mardi 21 février 2023
La différence entre philosophe, Maître et Initié… par Dominique Blumenstihl-Roth
La différence entre philosophe, Maître et Initié…
Par Dominique Blumentihl-Roth
La philosophie est actuellement à la mode. Il y en a autant qu'il y a de philosophes et autant de philosophes qu'il y a de professeurs enseignant cette discipline. Cependant, un docteur d'État en philosophie n'est pas (nécessairement) un initié. Le plus souvent c'est un penseur développant des thèses, théories, opinions… à l'intérieur d'un système de pensée plus ou moins cohérent. Quant à savoir si cela aide à vivre et si sa philosophie est en mesure de se confronter au réel…
De même un prélat, bien qu'il fasse corps avec sa tradition, n'est pas nécessairement un initié. Il est un officier du culte dont il connaît par cœur les modalités. Intuitivement, il participe à la Connaissance en style ancien et symbolique. Il agit en Niveau 2, là où règne la perception symboliste. C'est le niveau atteint par les religions. Au mieux, certains officiants accèdent au Niveau 3, celui de la représentation allégorique. Mais accéder sens est une autre affaire. En connaître la clé et en percer le secret en Niveau 4 relève d'un autre domaine de… compétence. C'est une question d'investiture. Donc une chose rare.
Il faut donc, chez les Maîtres, distinguer les fonctions et les grades.
— les Maîtres enseignant ce qu'ils ont reçu : c'est-à-dire qu'ils assurent la continuité du Système, à différents niveaux selon leur propre compréhension. Ils sont actifs en Lamed.
— Les Maîtres récapitulant tout ce que leurs prédécesseurs ont pu mettre au point. Ils collectent, rassemblent et établissent en quelque sorte l'inventaire du patrimoine patiemment édifié. Ils agissent en Qof. Parmi eux, je salue chaleureusement le kabbaliste Vedhyas Virya. J'apprécie son honnêteté intellectuelle et ses efforts pédagogiques destinés au grand public. Il a conçu un tour d'horizon de la kabbale hébraïque si bien documenté que l'on peut y puiser quantité d'informations tirés de la tradition.
En excellent traditionaliste connaissant son Maïmonide, il possède certainement les dons et connaissances propres à aborder certaines pathologies. Mais l'enseignement de cet art ne peut se donner qu'à des esprits déjà formés, expérimentés, rompus à la Doctrine ayant intégré toute l'explication du Modèle d'Absolu et le Code des Archétypes clairement identifiés. Aborder le corps et l'esprit de la personne souffrante est une épreuve délicate… pour le soignant : il lui faut une modestie immense devant la douleur de l'Autre, une capacité d'écoute exceptionnelle, et la lucidité d'établir un diagnostic pertinent. C'est affaire de Connaissance érigée au plus haut degré. Et cela suppose que soit fait mention du Modèle Cortical. La technique kabbalistique, reposant sur la science des Lettres, la Science de la Structure d'Absolu, exige précision, actualisation et une extrême capacité de lecture des signes reportée sur la grille de Lecture.
Cependant, pour ce qui me concerne, n'ayant ni la modestie et l'humilité requises, pour rien au monde je ne me permettrais d'enseigner quoique ce soit touchant au potentiel médical des techniques kabbalistiques. Je me refuse d'y toucher car je crains trop de commettre des erreurs et de compromettre la santé des personnes. Quant à les enseigner, c'est trop dangereux, à mon sens, de distribuer à tout vent des secrets aussi puissants au tout venant prétendu thérapeute qui non seulement n'intégrera qu'approximativement la leçon, mais appliquera sur ses patients des insuffisances voire des erreurs pouvant conduire au désastre.
Les Initiés ne retranchent ni ne diluent. Ils ajoutent. Ils alimentent la Tradition, permettant aux Maîtres d'intégrer ces nouveautés qui accroissent, grâce à eux, la densité de leur enseignement.
Raison pour laquelle le Maître a l'obligation de toujours citer la source inspiratrice : réflexe exigible car oublier de mentionner la source revient à ignorer l'Origine, partant, de substituer l'égotisme à la reconnaissance de l'Informateur. Par extension : nier le Créateur.
Il ne reste pas « citerne » réceptrice. Il est chargé de puiser, augmenter, distribuer.
À l'image de Rebecca qui tira de l'eau de la fontaine pour abreuver le serviteur envoyé par Abraham en quête d'une épouse pour son fils, l'initié se signale autant par sa capacité de puiser l'eau de la Connaissance que sa puissance à la transporter et la partager. L'eau n'est pas versée directement depuis la Fontaine vers le nécessiteux : elle est tout d'abord puisée et coulée dans un récipient, une cruche. Rebecca la porte sur ses épaules. Elle est le récipient accueillant l'eau, la structure porteuse et vectrice de la Connaissance qui, sans elle, serait liquide insaisissable.
C'est pourquoi le Zohar précise : « Les mots "la jeune fille qui va puiser de l'eau et à laquelle je dis : donne-moi un peu d'eau de ta cruche" signifient : Donne-moi un peu de ton savoir. » Ce qui signifie que Rebecca était une initiée de tout premier rang qui sut ajouter à ce qu'elle avait appris le fruit de sa réflexion et de son expérience bien comprise. C'est le contenu même de la cruche — son savoir — que sollicite Éliézer et non pas l'eau directement issue de la fontaine. Elle l'abreuve d'une Connaissance actualisée et interprétée répondant à la situation. Ce que confirme le Zohar (vol. I, éd. Maisonneuve et Larose, p. 207-209) : « "Et elle me dit : bois", signifie : toi aussi tu es le serviteur de Dieu ; je n'ai pas confondu ta science avec la Connaissance du Saint, béni soit-il, et tu dois bien comprendre que tu es un être créé comme moi. "Et je puiserai aussi pour tes chameaux", c'est-à-dire : j'ai acquis un degré de connaissance auquel tes compagnons n'ont pas atteint… »
À l'épandage de la révélation — la Rosée — Rebecca ajoute un apport personnel, la forme et le contenu de sa cruche remplie d'eau puisée de la fontaine. Elle en devient elle-même Fontaine, cruche et dispensatrice de l'enseignement : « ces gouttes de rosée viennent du Jardin de l'Eden… » (Zohar I, op. cit. p. 703.)
Pourquoi je raconte l'histoire de Rebecca ? Parce qu'elle me paraît emblématique d'une attitude remarquable qui mériterait d'être imitée. À chacun(e) de nous d'imiter Rebecca : elle sut reconnaître le messager, l'accueillir et le suivre. C'était Éliézer, le serviteur d'Abraham qui emmena la jeune femme vers Isaac dont elle devint l'épouse. Ensemble, ils forment la nouvelle génération fondatrice de la lignée des prophètes d'Israël dont chacun a ajouté son hiddouch, sa trouvaille.
Les initiés savent que rien n'est statique dans un univers où tout est énergie. Ils connaissent la règle voulant que les potentiels soient toujours déposés, actualisés…
Ils sont responsables de concevoir (si possible divulguer) une part nouvelle, ce que l'on appelle, en kabbale : un « hiddouch » qui sera leur « sceau de compétence ».
On appelle « hiddouch » une nouveauté propre à valoriser une avancée puissante de la Connaissance. Ne pas confondre avec telle ou telle application pratique de l'acquis. Ou avec la paraphrase de la leçon ancienne.
— Des maîtres-répétiteurs de la Loi ancienne, il y en a beaucoup.
— Des fantaisistes interprétant les Textes selon leur orientation psychologique : ils sont nombreux.
— Où se trouvent les véritables acteurs de la salvation ? Comment les reconnaître ?
© Dominique Blumenstihl-Roth — La différence entre philosophe, Maître et Initié(2027).
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